Marginalisation
Tiré d'un discours de Swami Roberto :
Il est très important d’exprimer de la compréhension pour tous, en condamnant certes le mal, mais sans jamais mettre personne à l’écart parce que la marginalisation est vraiment une diabolique création humaine qui engendre à son tour les fruits de la souffrance et de la violence. En effet ce ne sont pas tous les marginaux qui restent en silence, dans un coin à souffrir et à pleurer… parfois aussi à mourir.
Beaucoup d’entre eux choisissent malheureusement la voie de la vengeance contre ceux qui les discriminent, parce qu’ils ne sont pas tous si élevés qu’ils arrivent à réclamer d’une façon polie leurs droits légitimes en pratiquant la non-violence. Voilà alors que la colère en envahit beaucoup, par suite des humiliations qu’on leur a infligées, et elle débouche sur des réactions furieuses qui trouvent facilement la manière pour se canaliser dans les innombrables ruisseaux de mal déjà disséminés la société. Aujourd’hui encore le monde est fouetté par trop de vents de racisme, avec le spectre de la ségrégation qui n’a pas encore été définitivement écrasé, malgré des tragédies même récentes qui ont tourmenté différents peuples dans plusieurs parties de la planète. Fondamentalement le racisme est engendré par une grande peur : la « terreur » de se sentir inférieur par rapport à celui qui ne ressemble pas à soi-même… par rapport au prétendu « étranger ». Ce mot a la même racine que « étrange » et désigne ceux qui ne font pas partie de la famille, de la tribu, de son peuple… c’est-à-dire les personnes qui arrivent de l’étranger et sont donc différentes parce que « étrangères », au dehors de son contexte culturel.
Nous savons très bien que tout ce qui est différent inspire la crainte, parce qu’il met en cause les certitudes et les avantages acquis. A cause de cette peur depuis toujours exagérée, exaspérée, parfois exploitée, il y en a qui éprouvent une haine fanatique envers tout ce qui est étranger… et c’est la xénophobie, cette « bête » mauvaise qui indique précisément l’hostilité envers ceux qui viennent de l’extérieur. Mais les xénophobes oublient facilement qu’eux aussi ont été ou pourront être l’étranger de quelqu’un.
Le raciste, « pauvre de lui » se sent menacé par celui qui est différent ; en réalité il souffre d’un complexe d’infériorité et le mépris est le seul moyen qu’il croit avoir pour se défendre. Et s’il s’arrêtait seulement au mépris, qui en lui-même est déjà horrible et inacceptable, ce serait encore peu, mais nous savons que cette « maladie » dégénère en violence.
Le racisme est une mentalité diabolique inventée par l’homme, laquelle continue à demeurer dans les cœurs incapables de reconnaître la fraternité qui réunit tout le genre humain.
La conséquence est que beaucoup ne perdent pas une occasion pour déchaîner des guerres fratricides, par suite desquelles des multitudes de personnes sont dépouillées de toute dignité, privées du droit inné à la liberté, et parfois aussi elles sont même privées de leur vie. Si le problème est loin, il est facile de se sentir exempt du racisme, parce qu’au fond cela ne coûte rien d’étaler sa tolérance quand… « Les noirs sont bien en Afrique »… comme pensent beaucoup de personnes, entre guillemets, comme il faut. Mais en réalité le racisme est vraiment comme un virus qui peut avoir des temps d’incubation même très longs, dans le sens que beaucoup de personnes en sont affectées même si elles ne le montrent pas… seulement parce que les conditions pour le manifester clairement n’ont pas encore eu lieu. C’est alors qu’à la première occasion la « virulence » raciste se propage, dès que quelque facteur social crée les justes circonstances afin que quelqu’un donne libre cours à ce qui était latent en lui. A ce point il suffit de peu pour exacerber les âmes et l’épidémie se propage et elle s’enracine dans les cœurs appauvris par l’absence de spiritualité. Pensez à la signification du mot « génocide »… quelle horreur ! Cela semble incroyable ! Et pourtant aujourd’hui encore existe cette tragique réalité. Ce n’est pas un film d’horreur… mais c’est l’horreur de notre temps. Et pensez qu’on se donne la peine d’aller explorer l’espace, alors qu’ici-bas il y a encore l’enfer et qu’on fait vraiment peu pour éteindre le feu de la haine dévastatrice de peuples entiers.
Pour guérir de la maladie du racisme il est nécessaire d’abattre les barrières mentales, en éradiquant toute position de pensée qui amène à établir la supériorité d’une race par rapport à une autre, d’une culture par rapport à une autre, d’une religion par rapport à une autre, d’un être humain par rapport à un autre… et je pourrais continuer encore longtemps avec ce « d’un… par rapport à ». Cette liste infâme semble ne vouloir jamais s’épuiser. Malheureusement, toute affirmation arbitraire de supériorité au détriment de l’autre, du différent, de celui qu’on ne connaît pas ou que l’on ne veut pas comprendre… devient un terrain fertile pour que le « nuage toxique » de la haine raciale s’étende menaçant et empoisonne le présent et aussi l’avenir de l’humanité.
Aujourd’hui plus que jamais le monde est une entité globale où l’on vit en contact avec des ethnies et des cultures différentes.
Beaucoup de personnes simulent même une sorte de cohésion, par exemple quand des raisons professionnelles ou des raisons de circonstance l’imposent… mais hélas elles restent au contraire profondément séparées dans leur cœur, parce que le sens commun amène à voir à tout prix de façon négative les inégalités.
Bien qu’il puisse exister des lois civiles qui justement condamnent le racisme et des lois morales qui aussi justement enseignent la tolérance, rappelez-vous que c’est seulement le plein respect de la dignité humaine qui peut établir le triomphe de la fraternité et la défaite définitive de toute forme de ségrégation. Un philosophe du passé rappelait à ses contemporains la nécessité de voyager « Pour polir et nettoyer notre cerveau contre celui des autres »… c’est-à-dire pour observer les différences et s’enrichir à travers la comparaison avec elles, fût-ce même seulement pour apprendre à ne pas faire les fautes des autres. Très chers, il est nécessaire de se redécouvrir frères et sœurs du monde entier, parce que si on est vraiment conscient que Dieu est en chaque être vivant, on ne peut pas L’insulter au moment où Il « met » ses vêtements noirs ou jaunes, en Le reconnaissant seulement quand Il s’habille en blanc. Cela semblait une histoire passée, mais la cruelle réalité est qu’aujourd’hui il y a encore des gens qui parlent de races supérieures et de races inférieures… c’est terrifiant ! Autrefois on regardait un film d’horreur pour le « plaisir » d’éprouver un frisson de peur… aujourd’hui la réalité dépasse l’imagination la plus noire de n’importe quel metteur en scène et par rapport au film elle rend comiques ses efforts de créer des trames d’horreur aussi captivantes. Pour avoir du succès et faire un « bon » film de peur, les metteurs en scène doivent désormais copier la réalité toute crue, parce que même leur imagination ne réussirait pas à la dépasser. Il y a vraiment de quoi trembler devant une telle horreur. Et à propos de films, il y en a par exemple deux, réalisés d’une façon superbe, qui méritent d’être vus plus d’une fois : la liste de Schindler et Hôtel Rwanda, tous les deux des histoires vraies… ils terrorisent à la seule pensée qu’ils représentent justement la réalité de la vie. Il faut dire aussi que la discrimination et la ségrégation ne sont malheureusement pas les seuls enfants de la mentalité raciste, leur demi-sœur est l’oppression exercée par ceux qui n’ont pas de scrupules à opprimer les masses les plus faibles par une cynique volonté de vexation qui, au nom des intérêts économiques et politiques, amène même à la négation des droits fondamentaux de l’individu.
Pensez au colonialisme, cette impardonnable honte dans l’histoire de la civilisation occidentale, justifiée à l’époque par la motivation que c’était légitime, pour l’homme blanc, d’aller « civiliser » les races considérées inférieures… en réalité c’était seulement pour les exploiter et en dérober les ressources. Le colonialisme est vraiment une forme de racisme sur le plan des nations, « autorisées » dans leur politique de domination grâce à une idéologie discriminatoire qu’on manipule pour l’élever en « raison d’Etat ». Après les dernières occupations militaires perpétrées par les états européens au détriment des pays africains au XIX et au XX siècle, la doctrine colonialiste pourrait sembler enfin ensevelie, mais son spectre souffle aujourd’hui encore dans la mentalité de quelques gouvernements, qui aspireraient à asservir économiquement les nations les plus pauvres… en invoquant les mêmes motivations « morales » de fond : « Ces peuples sont inférieurs, il n’y a donc aucun problème à les exploiter ». En principe la technique préférée consiste à favoriser quelques initiatives de développement, à réaliser des infrastructures pour brouiller les pistes, de façon qu’on ne s’aperçoive pas que l’unique but réel est l’obtention du plus grand profit. Mais à la fin c’est encore du colonialisme, peut-être un peu plus sophistiqué, qui se présente à nouveau sous de fausses apparences.
Puis, dans trop de régions du monde, la pauvreté est en train de céder la place à une plaie même pire qui a le pouvoir de démolir la dignité de la personne : la misère ! Pensez à combien de fois une condition de décente pauvreté est l’état sur lequel on construit certaines valeur humaines comme le sens du respect de ce qu’on a, la capacité de reconnaître le superflu, la prise de conscience de l’importance de mettre en pratique les plus nobles principes de solidarité, de collaboration et de fraternité. Les portefeuilles trop bien garnis, au contraire, effacent presque toujours le sens du sacrifice, ils font augmenter les vices et perdre la valeur de savoir conquérir des objectifs importants… et ils aident à « se ficher du prochain».
La misère, amère conséquence de l’oppression, contrairement à la pauvreté, n’a en elle aucune valeur… elle contribue seulement à dépouiller des populations entières de leur dignité même, l’unique richesse qui avait échappée à la razzia perpétrée par l’humanité opulente. Devant ledit « Tiers Monde », qui fait toujours plus pression sur les limites de la société aisée, on ne peut répondre par l’infamie du racisme… ni on ne peut devenir les victimes de sa soif de possession… ni on ne peut faire semblant de rien ! Voyez, il serait suffisant de savoir échanger avec équité les dons de la terre, ou mieux il suffirait seulement de tous commencer à ne pas gaspiller, mais aujourd’hui c’est encore une utopie… et il est évident que, tant que l’avidité de peu de monde aura le dessus au détriment des nécessités de beaucoup, le résultat sera ce qu’on constate déjà : la misère afflige des nations entières. Il est donc toujours nécessaire de prendre ses distances avec l’exploitation, sous toutes les formes même les plus sournoises sous lesquelles elle se présente ; on ne peut jamais accepter que quelqu’un abuse de l’état de besoin des autres, en profitant des conditions d’infériorité de populations entières pour en tirer un avantage personnel… et ceci vaut aussi chez nous, entre nous, dans tous les aspects de la vie. L’histoire nous parle de beaucoup d’événements d’esclavage, d’asservissement des faibles aux puissants, mais de nos jours cette plaie n’a pas été guérie… elle s’est seulement transformée en une forme qu’on peut plus difficilement reconnaître, mais qui est également inacceptable et qui malheureusement continue à piétiner la dignité de trop de personnes exploitées.
Notre frère Gandhi disait : « Les fers d’or »… et il se référait évidemment aux blocs qu’on utilisait pour immobiliser les pieds des prisonniers ou des esclaves… « Les fers d’or ne sont pas moins lourds que s’ils étaient de fer pour celui qui a le sens de la dignité. Le mal est dans les fers pas dans le métal. » Défends donc ta dignité en commençant justement par toi qui la possèdes en conscience, en ne l’humiliant jamais ni en lui faisant du mal quand tu te fais du mal à toi-même comme il arrive par exemple si tu cesses de respecter ta santé ou si tu n’observes plus la Loi de Dieu qui est l’Amour en toi et en tout ce qui vit autour de toi. Le racisme ne concerne pas seulement la couleur de la peau ; tu es raciste aussi quand tu définis un autre comme différent.
Sais-tu combien de différents ta morale a créés et combien de jugements et de préjugés tu as gratuitement semés ? C’est là l’ignorance spirituelle, qui dans l’histoire de l’humanité a produit beaucoup de blessures. Apprends à ne pas regarder les apparences : bouddhiste, chrétien, hétérosexuel, homosexuel, blanc, noir… respecte chaque personne pour ce qu’elle est à l’intérieur ! La dignité d’un être humain est dans sa capacité d’aimer. Dieu est en tous. C’est seulement quand l’humanité l’aura compris, que l’on pourra prononcer avec une véritable conscience la prière universelle que Jésus a enseignée : le Notre Père. Bien que cela semble incroyable… mais la réalité malheureusement ne me démentit pas… pensez combien de personnes aujourd’hui encore croient que le Seigneur Jésus, quand Il dit « Notre Père… », avait l’intention de dire que Dieu est le Père exclusivement des chrétiens et non pas de l’humanité entière. Et, comme si ceci ne suffisait pas, on lit dans une très fameuse prière qui s’intitule « Prière du matin », cette bouleversante affirmation : « Je Te remercie, Seigneur, de m’avoir créé, fait chrétien ». Remarquez : « M’avoir… fait chrétien », mais est-ce vraiment le Seigneur qui t’a « fait » chrétien ? Ou bien n’est-ce pas toi qui éventuellement décides avec ta volonté et ta liberté de le devenir, en suivant avec sincérité et cohérence les enseignements du Seigneur Jésus ? Et puis, quel Dieu aurait « créé et fait » les hindouistes, les musulmans, les hébreux… les athées… et ainsi de suite ? par cette prière très connue, voudrait-on faire comprendre que Dieu crée les êtres humains « en les faisant » plus ou moins « justes » par rapport à d’autres hommes ou peuples, d’après la religion à laquelle Il les destine par droit de naissance ?
Vous pouvez bien comprendre que si Dieu attribuait une valeur aux personnes d’après ces présupposés discriminatoires, ceci ne serait vraiment pas un bon début et beaucoup auraient le droit d’être envieux de ceux qui ont été « tirés au sort » pour naître dans la « juste » religion. Quelle injustice ce serait ! Malheureusement avec la même mentalité dans certains lieux marqués par l’apartheid beaucoup pensent avec une conviction absolue : « Je te remercie, Seigneur, de m’avoir créé et fait blanc ». Maintenant interrogez-vous : quelle est la différence par rapport à la prière précédente ? Aucune ! En effet on est raciste soit en disant « fait chrétien » plutôt que d’une autre religion, soit en disant « fait blanc » plutôt que noir, parce que dans les
deux cas on considère les autres comme inférieurs et en défaut, autrement il n’y aurait aucune raison de remercier.
Et on n’a pas besoin d’aller loin pour relever cette façon de penser ; en Italie aussi beaucoup remercient Dieu d’être né blanc… et certains peut-être Le remercient encore plus parce qu’ils sont du Nord.
Les personnes qui désirent parcourir la voie de la spiritualité, doivent faire attention à toutes les « nuances » qui, avec le temps, pourraient devenir une grande souffrance pour quelqu’un.
Avec la sagesse de la vraie spiritualité « travaillez sur ce point » pour contribuer à abattre les conséquences inévitables qui mènent à la division, peut-être aussi à la suite d’une simple prière dite par cœur, sans penser au sens de quelques-unes de ses parties… sens qui parfois, comme dans le cas que nous venons de rappeler, est en peu de mots répugnant parce qu’en contradiction avec les principes spirituels les plus élémentaires. Rassérénez votre cœur avec la certitude que Dieu, notre Père, n’a rien à faire avec la sottise humaine, et remerciez-Le plutôt pour son Amour Divin qui embrasse l’humanité entière sans exception. Le Seigneur est le Père de tous, au-dessus de toute religion et à ses yeux personne n’est plus ou moins important, parce que n’importe quelle personne en n’importe quel lieu de la Terre est pour Lui vraiment unique et irremplaçable.
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