Les mains vides
Tiré d’un discours de Swami Roberto :
Dans l’Évangile il est écrit que le Tout- Puissant « a renvoyé les riches les mains vides » et l’un des préjugés qui revient le plus souvent c’est de penser que les personnes très aisées sont par définition loin de Dieu. J’aime dire que le Seigneur renvoie, les mains vides, uniquement les égoïstes et les avares, parce qu’Il regarde l’âme et non le portefeuille.
En réalité c’est une médisance qui amène beaucoup de personnes à croire que les riches doivent nécessairement se perdre, et c’est donc un préjugé qu’il faut détruire. En effet, si d’un côté les personnes aisées sont beaucoup plus portées à se laisser « capturer» par ce qu’elles possèdent, et elles sont certainement beaucoup plus tentées, il ne faut pas cependant mettre tout dans le même sac.
L’argent, comme tout autre moyen, n’a pas de valeur morale en soi: il peut être employé dans le bien comme dans le mal. C’est toujours et seulement la personne qui le gère qui est morale ou immorale. En effet ce ne sont pas la richesse et le pouvoir qui rendent esclaves les hommes, mais l’attachement à la richesse et au pouvoir. Donc, les usuriers, les avares, les exploiteurs, les revendeurs de drogue, les marchands d’armes seront déçus et renvoyés les mains vides par le Seigneur… enfin, tous ceux qui visent uniquement à satisfaire leur égoïsme, en profitant même de la bonne foi ou des difficultés de leur prochain, en permettant ainsi que les intérêts économiques absorbent entièrement leur destin.
Il ne faut jamais accepter que les moyens remplacent les buts pour lesquels la vie a un sens, autrement l’intériorité se dissipera dans l’extériorité. Plus l’homme se fait évaluer selon le critère de l’argent, moins il est apprécié selon le critère de l’Amour… avec l’argent on peut acheter un petit chien, mais non le joyeux frétillement de sa queue ; on peut bâtir les hôpitaux, ou rassasier les pauvres, mais on ne peut pas leur donner le réconfort, l’affection, qui peuvent provenir seulement de ton cœur, siège de la vraie Charité.
Il se peut qu’une personne riche soit plus généreuse, si elle n’est pas attachée à ses biens, par rapport à un pauvre qui, peut-être, est cramponné au peu qu’il possède. Chaque objet, tout insignifiant qu’il soit, peut être mis sottement à la place de Dieu, voilà pourquoi même un pauvre peut être parfois si attaché à quelque chose, qu’en réalité il vit sa condition d’une manière égoïste, exactement comme il pourrait arriver à un riche. Vous pouvez reconnaître ces personnes parce qu’elles ne partagent rien avec leur prochain… ni un morceau de pain, ni un sentiment. Il y a donc aussi des pauvres qui sont radins, de même que des riches qui sont dépourvus de générosité ; dans ce cas les uns comme les autres ne peuvent recevoir de Dieu que de « l’indifférence », qui les laissera les mains vides.
Il est nécessaire d’apprendre à ne pas distribuer d’une manière superficielle des « étiquettes » aux êtres humains, en considérant comme bons tous les pauvres et comme méchants tous les riches. Cherchez à reconnaître l’avidité et l’opportunisme, quel que soit le vêtement qu’ils portent. Ne faites donc jamais de discriminations entre les riches et les pauvres… prêtez au contraire une grande attention pour distinguer clairement chaque situation pour ce qu’elle est, sans livrer votre intelligence aux mains du préjugé. Une chose est claire : celui qui vit seulement pour lui-même, qu’il soit riche ou pauvre, refuse d’exister pour les autres, dans un certain sens donc, il déclare à son prochain qu’il est mort.
Les personnes riches qui démontrent qu’elles sont altruistes, charitables, sont de fait une grande bénédiction pour l’humanité qui est pauvre… elles sont une des innombrables voies que la Providence Divine peut parcourir pour se manifester. Dans la vie au contraire, sera déçu qui est « malade » de pingrerie et donc qui se refuse à s’ouvrir à son prochain. Je répète: personne n’est venu dans ce monde seulement pour soi-même, mais aussi pour prendre part aux joies et aux douleurs d’autrui.
Pensez quelle absurdité : faire tant d’efforts et de sacrifices pour accumuler des richesses et, une fois qu’on les a obtenues, vivre vraiment mal de peur de les perdre ! Souvent ceux qui font tourner entièrement leur existence autour de prétentions égoïstes, finissent par engendrer l’envie, qui à son tour conduit à la violence, à la haine et à la rancœur… et génère des peurs infinies.
Celui qui est animé par cette mentalité étroite réussira difficilement à comprendre la valeur absolue de la liberté et le concept de bonheur par rapport au fait de savoir donner, source de toute joie. Soyez toujours prêts à vous consacrer aux autres avec générosité et altruisme… dans vos limites, du mieux que vous le pouvez… conscients que parfois on peut commencer même par donner un sourire à quelqu’un pour lui rendre plus belle une journée qui autrement serait noire. Acceptez vos responsabilités et ne lésinez pas sur votre volonté de faire don de vous, vous décréterez ainsi le triomphe de votre sensibilité et vous vivrez beaucoup plus heureux.
A propos des riches qui seront renvoyés les mains vides, faisons très attention à ne pas oublier qu’il existe malheureusement un autre type de richesse qui n’a rien à faire avec les comptes en banque… par rapport à laquelle les personnes pauvres sont vraiment peu nombreuses. Chaque jour nous devons éviter de nous enrichir de présomption, de vanité, d’indifférence, de faux témoignage, de sentiment superficiel, d’opportunisme, de paresse, d’infidélité aux promesses, de commérage, de colère, de gaspillage, de dérèglement, de vices, de plaintes, de déloyauté, de luxure, de soupçon fétide, de malice, d’ingratitude… etc. C’est là une liste incomplète, mais déjà trop longue, des « richesses » que tous, plus ou moins peuvent posséder en abondance… et certainement aussi cette typologie de riches est destinée à être renvoyée les mains vides. On pense toujours à ceux qui ont de l’argent et on oublie cette « richesse » ignoble qui souvent est encore plus répandue… et dont la possession ne fait pas moins mal que l’avarice et l’avidité de certaines personnes aisées qui n’aident personne, ou qui sont même des exploiteurs. Faites « trésor » de cette liste. Pourquoi ne pas s’arrêter de temps à autre sur chaque mot, pour remarquer jusqu’à quel point on a accumulé un pareil « patrimoine »?
Si on le veut, ces réflexions accompagnées d’une courageuse et sincère autocritique, peuvent sûrement aider à s’appauvrir de tant d’immondices dangereuses pour l’âme, en permettant de s’élever vers l’inextinguible richesse de l’esprit.
Courage donc, avançons tous sur le chemin de l’élévation spirituelle pour devenir immensément riches… mais de Dieu, d’Amour et de Vérité.